
Dépasser la lutte du 'pourquoi' au profit du 'comment'
- zoecarlier1
- 29 avr. 2025
- 2 min de lecture
Dans le cheminement de l'accompagnement psychothérapeutique, une question revient souvent : quel est le cœur du problème ? En réponse, l'expertise m'a appris que la clé réside peut-être moins dans le 'pourquoi' que dans le 'comment'…
Aussi évident que cela puisse paraître, la démarche même de consulter un professionnel de la relation d'aide constitue déjà un pas significatif. Il apparaît dès lors primordial de ne pas précipiter le processus thérapeutique, de prendre le temps nécessaire pour explorer les plaintes, les émotions en jeu, avant même d'esquisser les contours d'un problème.
Animée par une volonté profonde de bien faire et d'appliquer rigoureusement les principes du modèle stratégique et systémique de Palo Alto, mes patients m'ont rappelé une vérité essentielle : la nécessité de privilégier le temps de la relation. Avant de chercher à comprendre les raisons profondes qui motivent une consultation, la confiance doit s'établir. C'est un principe bien connu, mais sa simplicité même le rend parfois facile à oublier. La confiance envers un thérapeute ne se décrète pas, elle se construit.
Cette petite mais incontournable vérité – la nécessité d'un sentiment de sécurité dans la relation thérapeutique comme préalable à tout espoir de mieux-être – m'a permis de prendre conscience d'un piège fréquent : celui de se focaliser rapidement sur le 'pourquoi' un problème persiste, au détriment du 'comment' ce problème fonctionne. Cette quête du 'pourquoi' se manifeste notamment par une tendance à vouloir coller des étiquettes sur soi ou sur les autres, à poser des diagnostics hâtifs : "j'ai un trouble de l'attachement", "je suis trop anxieux", "il est manipulateur", etc. On assiste parfois à une forme d'auto-diagnostic, où l'on se fait son propre "petit psychiatre" en cherchant la case dans laquelle ranger sa souffrance.
Notons dès lors que l'intérêt de ces étiquettes, ou de ces normes dans lesquelles les individus cherchent parfois à se loger lorsqu'ils font face à une souffrance, peut freiner cette exploration du 'comment' le problème se maintient. Il est cependant important de reconnaître que cette démarche de catégorisation a souvent une utilité pour l'individu, lui permettant de donner un sens à son expérience et de mieux comprendre sa manière d'être au monde. Le travail thérapeutique consiste alors à être attentif à cette lecture de soi et à faciliter une mise en perspective de ces normes, catégories, cases, étiquettes,... avec prudence, dans un cadre où la confiance se construit progressivement. Pour rappel, l'approche stratégique et systémique, contrairement à d'autres méthodes thérapeutiques, s'intéresse aux mécanismes concrets et actuels qui maintiennent une difficulté. Ces mécanismes se nourrissent des interactions que nous entretenons avec notre environnement - le système dans lequel nous évoluons - et avec nous-même.
Finalement, enrichie de nouvelles rencontres au cabinet, je réalise d'autant plus combien le temps et la confiance sont essentiels à tout accompagnement thérapeutique. Cela permet également de souligner que thérapie "brève" ne signifie en aucun cas précipitation ou superficialité. Ainsi, en prenant le temps, en privilégiant la compréhension du 'comment' les difficultés se maintiennent tout en co-construisant une relation de confiance, peut-être pouvons-nous ensemble explorer des chemins vers un bien-vivre plus durable. Un cheminement où notre propre expérience et nos tentatives de solutions deviennent des points d'ancrage précieux pour envisager un avenir différent...reste plus qu'à !
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